Observatoire national du suivi de l’allaitement chez les mères vivant avec le VIH : premiers résultats encourageants et mobilisation à poursuivre
L’observatoire national Lactavih, coordonné par le Pr Laurent Mandelbrot (Hôpital Louis Mourier) et suivi par l’URC Paris Nord Secteur Ouest (Hôpital Bichat – AP-HP), poursuit sa dynamique d’inclusion à l’échelle de la France métropolitaine et des DROM-COM.
Une mobilisation déjà significative
Depuis son lancement en mars 2025, l’étude a permis d’inclure 119 femmes vivant avec le VIH ayant choisi l’allaitement maternel. Cet effectif est d’ores et déjà supérieur à celui de la plupart des études menées dans des pays à ressources élevées sur cette thématique.
Les premières données disponibles sont particulièrement rassurantes : parmi les 43 patientes suivies jusqu’à 3 mois après le sevrage, aucun cas de transmission mère-enfant n’a été observé. Ces résultats constituent un signal fort, tant pour les équipes soignantes que pour les patientes encore hésitantes.
Des inclusions encore en deçà des attentes
Malgré ces résultats encourageants, le nombre d’inclusions reste inférieur à l’hypothèse initiale. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation :
- des inclusions non réalisées, parfois par oubli des cliniciens
- une compréhension imparfaite du protocole par certaines patientes
- des réticences liées à la perception du dispositif de suivi
Pourtant, l’un des atouts majeurs de l’observatoire Lactavih réside dans sa simplicité de mise en œuvre. La déclaration des cas est peu chronophage, ne nécessite ni ouverture de centre, ni formalités administratives préalables, et repose exclusivement sur les données issues des dossiers médicaux, sans prélèvements supplémentaires.
Un recours à l’allaitement encore limité
L’observatoire ne concerne que les femmes ayant choisi d’allaiter. Il ne permet donc pas, à lui seul, d’évaluer l’évolution globale du nombre d’accouchements chez les femmes vivant avec le VIH en France.
Toutefois, les données suggèrent que la proportion d’allaitement reste inférieure à ce qui était attendu, alors même que la majorité des patientes sont en succès virologique et donc éligibles à l’allaitement selon les recommandations françaises.
Les freins identifiés sont multiples et concernent à la fois les patientes et les professionnels de santé :
- la crainte persistante du risque de transmission
- une connaissance insuffisante des bénéfices de l’allaitement
- la perception d’une complexité du protocole de prophylaxie et de suivi
- un manque de soutien dans l’accompagnement des patientes
- des facteurs psychologiques et sociaux, dans un contexte de stigmatisation encore présente du VIH
Mieux comprendre pour mieux accompagner
Dans ce contexte, le partage d’expériences entre équipes, ainsi que le dialogue avec les associations de patients, apparaissent essentiels pour mieux identifier les freins et adapter les pratiques.
L’évolution des choix d’allaitement au fil du temps constituera également un indicateur précieux pour évaluer l’impact des recommandations et des actions de sensibilisation.
Modalités pratiques de participation
L’observatoire Lactavih se veut inclusif et accessible à l’ensemble des professionnels de santé impliqués dans la prise en charge des femmes vivant avec le VIH :
- inclusion possible à tout moment de l’allaitement, de la naissance au sevrage complet
- participation ouverte sans déclaration préalable ni ouverture de centre
- absence de questionnaire spécifique
- aucune procédure supplémentaire en dehors du suivi habituel
- suivi de l’enfant jusqu’à 3 mois après le sevrage
Une dynamique collective à renforcer
Les résultats obtenus à ce stade sont encourageants et soulignent l’importance de poursuivre et d’amplifier la mobilisation.
Chaque inclusion contribue à renforcer les connaissances, à sécuriser les pratiques et à mieux accompagner les femmes vivant avec le VIH dans leurs choix.
La participation de tous les professionnels est essentielle pour faire progresser cet observatoire et améliorer la qualité des soins.